Les croisades de l’idéologie zététique

Introduction

J’aimerais bien parler un peu de zététique. C’est un concept vachement à la mode dans les réseaux sociaux ces derniers temps et qui comme à peu près toute les manières de penser et voir les choses amène son lot de dérives plus ou moins dangereuses et nauséabondes.

Vous l’aurez assez vite compris, je ne serais pas la pour faire l’apologie de la zététique, d’autres s’en chargent bien mieux que moi. Mais avant toute chose, introduisons un peu le sujet : la zététique, c’est quoi ?

“La zététique est présentée comme « l’étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges ». ” Bon ça c’est Wikipédia, et c’est pas forcément génial comme définition puisque c’est un concept qui va un peu au delà des trucs paranormaux et compagnie, mais c’est déjà pas mal. Le terme important ici c’est “rationnelle”. Concrètement, il s’agit d’appliquer la méthode scientifique pour analyser des phénomènes, choses, thérapies et autres dessins étranges dans les champs.

C’est un domaine qui me fascine parce qu’il permet de mettre en avant de très nombreux biais cognitifs auxquels nous sommes tous sujets, et qui poussent untel à croire à l’existence des extra-terrestres, untel à être certain que les pyramides de Gizeh ne sont pas de la main de l’homme (je vous conseille à ce sujet l’excellent, ou minable c’est selon documentaire “La révélation des pyramides” disponibles sur Youtube. A regarder comme un divertissement, et avec un esprit critique au taquet, parce qu’il y a du lourd !).

C’est aussi un domaine que je n’explorerais pas, parce que d’autres le font de manière bien plus pertinente et divertissante que je ne pourrais le faire. Je pense notamment aux chaines Hygiène Mentale, La Tronche en Biais, horizon-gull. J’ai en particulier beaucoup aimé les TeB sur les différents biais cognitifs.

Bref, en résumé, la zététique c’est l’esprit critique, le scepticisme, la méthode scientifique appliquée au paranormal, crop circles, homéopathie, OVNIs et compagnie.

Cette introduction étant faite, je peux passer aux choses qui m’intéressent un peu plus.

Le missionnariat zététicien

J’ai noté depuis quelques temps certains commentaires, articles, interview et autres opinions assez dérangeantes de la part de certains se revendiquant “zététiciens” vis à vis de croyances. Ça peut être particulièrement virulent, comme certains commentaires concernant notamment la religion, ou moins, comme cet article d’Acermendax (l’un des auteurs de la Tronche en Biais) qui bien que ne ciblant qu’un personnage “théorique” (certains diraient un homme de paille 😉 ), se veut assez cru sur le jugement qui lui est apporté.

Un autre exemple qui m’a beaucoup plu à regarder est celui ci.

Notez qu’il y a d’autres vidéos qui font suite à celle-ci avec Tyler également, cf la description de la vidéo. Pour les anglophobes, il y a des sous-titres en français à activer.

Le concept en soi ne me dérange pas tant que ça, l’interviewer est particulièrement respectueux et délicat avec les croyances de la personne qu’il a en face d’elle, mais tout de même, quelque chose me chiffonnait… Pourquoi donc essaie-t-il de lui faire changer d’avis ? De lui faire ouvrir les yeux ? Et ce même aussi subtilement que possible pour qu’elle fasse l’effort elle-même. En fait, quelque part je ressentais en regardant cette vidéo un certain besoin de convertir son interlocutrice, et ça m’interrogeait.

Hop, hop, hop, attendez une minute… “Convertir” ?? Convertir c’est du champ lexical de la religion, précisément ce que la zététique n’est pas ! Il n’est pas question de convertir qui que ce soit quand on parle de zététique, mais plutôt de “déconvertir”, non ? Comme si une croyance, une religion, était un absolu arbitraire duquel il fallait s’extraire. Et s’extraire pour aller ou ? Vers la zététique ? L’esprit critique ? La méthode scientifique ? Bien sur que oui, la méthode scientifique c’est le moyen le plus sur, que dis-je, le seul moyen que nous avons à notre disposition pour explorer l’univers et le comprendre de manière absolument certaine (lorsque que c’est fait correctement, et là, on est sur un autre débat).

Au final, quelle croyance plus absolue que la croyance dans la méthode scientifique elle même ? La ou un religieux pourrait en venir à douter de son Dieu ou de sa Foi, comment un scientifique ou un zététicien pourrait douter du bien fondé de la méthode scientifique pour comprendre le monde, puisque cette méthode est par définition la meilleure pour le comprendre, puisque définie comme telle ?

Et c’est dans cette notion d’absolu justement que réapparait le champ lexical de la religion. La méthode scientifique est incritiquable (précisément parce que toute connaissance est systématiquement remise en question). La méthode scientifique est indiscutable (parce qu’elle est le socle sur lequel toute nos connaissances sont fondées, et notamment les connaissances qui possèdent le plus haut degré de certitude, à savoir le consensus scientifique). Elle est l’alpha et l’oméga de la connaissance, et rien ne peut lui être supérieur dans la création de la connaissance, sans se voir qualifier de “nouvelle méthode scientifique”.

Mais revenons-en à la vidéo sur Tyler. Le point qui me dérange le plus, est en fin de compte un point qui m’aurait autant dérangé s’il n’était question de zététique, mais des témoins de Jehovah par exemple. Pourquoi chercher à faire dévier les croyances de quelqu’un pour la faire revenir vers ce que le zététicien croit lui ? Est-ce un moyen de se rassurer dans la foi qu’il entretient dans le doute méthodique ? Je ne sais pas vraiment, et ça fera peut-être l’objet d’un autre billet. Mais c’est une tendance que j’ai un peu trop remarqué. Cracher sur les religions, se moquer de celui qui prends de l’homéopathie, tourner en dérision telle personne passionnée d’astrologie, ce sont des choses qu’on remarque beaucoup sur les réseaux sociaux. Alors bien sur, dire à l’autre ce qu’il doit croire, c’est pas chouette, mais mon billet n’est pas à ce propos, non moi ce qui m’intéresse de dire, c’est que non seulement ce n’est pas chouette, mais en plus ce n’est pas nécessairement légitime.

Quand je parle de légitimité, ce que je veux dire par la c’est que le côté absolu et incritiquable de la méthode scientifique lui donne une certaine légitimité pour être imposée dans les consciences. Sauf que… Sauf que peut-être que finalement on peut apporter un peu d’eau dans tout ce moulin (pas nette cette métaphore ^^’).

L’imparfaite perfection

La méthode scientifique se définit wikipédiasquement comme cela : “La méthode scientifique désigne l’ensemble des canons guidant ou devant guider le processus de production des connaissances scientifiques”. C’est là que c’est intéressant, c’est qu’il s’agit d’un processus, utilisant notamment les observations des choses d’une part, et un raisonnement logique d’autre part. Il n’est pas compliqué de critiquer la validité d’une observation (d’ailleurs, la méthode scientifique remet toujours en question ce que l’on observe). Rien de ce que l’on peut percevoir n’est incriticable. Mais qu’en est-il de la logique ? Pour le moment, je partirais du principe que la logique correctement construite est forcément valable, et parfaite. Dans la théorie, un plus un, cela fait deux, exactement deux, toujours deux, et on ne peut pas contredire ça. Ça me démange bien trop de le contredire, mais pour l’instant encore, je vais le rajouter à ma liste de billets à écrire 😎 ).

En bref, on a d’un côté des observations imparfaite, et de l’autre un raisonnement parfait, et tout ça, ça créé la méthode scientifique. Ok, mais est-ce qu’on est vraiment obligé de se coltiner les imperfections des observations ? N’y a t’il pas au moins certains choses, indépendantes de la logique elle même (qui finalement ne renseigne pas sur l’Univers mais plutôt sur la manière dont l’analyser) à partir desquelles on soit sûre ? Si la méthode scientifique utilise le raisonnement déductif, a t’on quelque part, même bien planqué des prémisses, de quelques nature que ce soit qui sont vraies, absolument vraies et dont on soit sure de la véracité ?

“Le soleil se lève tous les jours ! ”
–> Non pas nécessairement, peut-être vis-t-on dans un Truman Show ?

“J’ai deux mains, deux yeux, un visage !”
–> La encore, pas nécessairement. Les perceptions sensorielles qui te font dire ça ne sont que des influx nerveux que l’ont pourrait tout à fait envoyer à ton cerveau, seul, dans une grosse jarre de formol dégueu.

“Oui mais mon cerveau lui, existe ! Je pense, donc je suis ! Ça on en est sur, c’est Descartes, merde !”
–> Vraiment ? Je n’ai rien contre le raisonnement en soi, mais la prémisse, “je pense”, tu es sûr de ça ? Les connaissances actuelles sur la nature de la conscience sont encore trop floues pour trancher, mais peut-être que les pensées ne sont qu’un signal comme un autre, dans lequel est inclut la conscience elle-même, et que l’on pourrait simuler. Pour prendre un exemple plus parlant, si l’hologramme de Mélenchon nous dit qu’il existe parce qu’il pense, on serait bien tenté de lui répondre que non, désolé, mais il n’est pas vivant, et sa conscience n’est rien, il n’est tout au plus que le reflet d’un autre, qui lui existe vraiment. C’est un exercice de pensée un peu compliqué , mais en résumé, est-ce que l’on est vraiment certain que nos pensées sont les nôtres voire que nos pensées “sont” tout court ?

En fin de compte, ce que je voulais dire par là, c’est qu’il n’existe pas de “socle” de connaissances certaines à partir duquel le raisonnement et les observations peuvent nous permettre de construire de la connaissance sûre. Donc la méthode scientifique oui, elle est parfaite, mais sans le point de départ original on ne peut qu’avancer à tâtons dans le labyrinthe du savoir.

La connaissance certaine n’existe pas, et de ce fait l’absolue perfection de la méthode scientifique s’en trouve ébranlée. Partant de là, la légitimité du zététicien qui veut convertir ou déconvertir son prochain également. Alors on parlera de doute méthodique, de probabilité, de rasoir d’Ockham, de pansements pour combler cette douloureuse faille, mais j’en fais fi car tout le raisonnement précédent pourrait s’y appliquer de la même manière. Si la méthode scientifique et la connaissance qui en découle ne sont pas parfaites, quelle légitimité pour le zététicien de vouloir ramener l’autre dans son camp s’il ne peut pas lui même être certain de son bien fondé ? Et l’ironie, c’est que cette incertitude, c’est celle de la méthode scientifique elle-même.

– Guibole.

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3 Responses to Les croisades de l’idéologie zététique

  1. Sandrine says:

    En fait, c’est surtout 2 qui est 1 + 1 plutôt que 1 + 1 qui font 2 😉
    Mais bref, il est parfaitement possible de construire un raisonnement parfaitement logique et juste sur des postulats faux et à partir de là, bah…
    On prend souvent des croyances pour des faits et c’est comme ça qu’on arrive à des trucs parfois drôles, parfois tristes, mais pas toujours juste malgré un raisonnement juste, dans le sens où l’imbrication des briques logiques est bon.
    Moi je trouve justement que la logique est logique, toujours juste, que ce soit en Maths ou en réthorique, si on l’utilise correctement. Et je trouve même ça magique, un peu comme le langage de l’Univers, tout ça 😉

    Une chose que je ne comprends pas dans la zézétique, c’est cette opposition farouche et parfois fort prosélyte, loin du doute et de la curiosité que me semblent impliquer une vraie démarche scientifique.
    J’avais quand même lu cette petite phrase qui m’avait bien plu:
    ” A prétentions extraordinaires, preuves extraordinaires” et je trouve que c’est pas si mal comme idée directrice.
    La Réalité dépassant souvent la fiction, c’est pas une méthode infaillible, mais elle permet d’avancer sans certitudes absolues et en laissant de la marge de manoeuvre à ceux qui pensent pas pareil.

    • Guibole says:

      “Prosélyte” oui on m’a fait la juste réflexion que j’avais oublié de placer ce mot là ^^

      Pour ce qui est de la logique, j’ai le projet de réfléchir à un univers ou la logique serait justement différent de celle que l’on utilise. Je sais pas si je le sortirais un jour, parce que ça risque de n’avoir pas beaucoup de sens, mais j’ai du mal avec ce qui est “absolu” de manière générale, et là, c’est vrai qu’on est la dedans.

      Merci pour ton com en tout cas 🙂

  2. Pata says:

    Ton article m’a immédiatement fait penser à cette vidéo, “don’t be a dick”: https://www.youtube.com/watch?v=FrFRbGjUtJk
    Phil Plait, que je ne connais pas autrement, dénonce l’attitude trop souvent arrogante, condescendante, et contre-productive des sceptiques qui tentent de convaincre d’autres personnes en les faisant passer pour des cons 🙂 .

    Moi je vois une très bonne raison de faire du prosélytisme autour des méthodes scientifiques, de l’esprit critique, de la zététique: je suis convaincu, par celles-ci, que c’est ce qui permet au gens d’adopter les meilleurs comportements, de faire le plus de bien à eux même et aux autres… et étant un de ces autres, je crois que plus il y aura de gens adeptes de ces méthodes, plus je serais heureux dans ce monde que l’on partage inévitablement.

    J’ai aussi tendance à penser que ce qui est bon pour moi est bon pour les autres, c’est donc aussi par altruisme que je tente, parfois, de “convertir”.

    Quant à “l’imparfaite perfection” de la science.. J’ai tranché personnellement il y a bien longtemps, quand à force de tout remettre en cause je cultivais aussi ce doute sur ma propre existence, celle du monde qui nous entoure, tout ça dont tu a très bien parlé… Je trouve ce doute sain et preuve d’une bonne application des méthodes scientifiques, mais il ne m’apporte rien: Je suis sûr de l’existence de ma conscience et de mes perceptions, pas de leur nature. Si je suis curieux d’en savoir plus sur cette nature, cela m’est malheureusement inaccessible et il me semble impossible qu’on puisse évacuer tout doute sur la réalité de ce que l’on perçoit comme “réel”.
    Au final, le monde dans lequel j’ai l’impression d’évoluer, dans lequel je ressent bonheur ou souffrance, c’est celui dans lequel la science permet de décrire et comprendre les choses au mieux. Tant pis si cela n’est qu’illusion, j’aurais beau n’être qu’un personnage de jeu vidéo, ce jeu est la seule réalité qui me soit accessible et je fais avec.

    D’autre part, ne pas faire avec, ça donnerais quoi? Moi ça me donne des idées suicidaires, ça ôte le peu de sens que j’essaye de trouver à mon existence. Or, crever, c’est un truc que je suis certain de réussir, dans ce monde que je perçois. En attendant j’ai tout à gagner à tenir pour acquis mon existence, celle de mes bras, de mon estomac, des lois de la physique.. tout ce bordel. Ce qui me semble le plus sage, c’est d’en faire un Joyeux bordel. Ainsi je ne me pose plus ces questions et consacre mes réflexions à être plus heureux.

    Les croyances qui ne sont pas fondées sur une connaissance scientifique présentent bien plus de failles et d’incertitudes, alors je rejette ton argument. Bien que certaines puissent procurer un plus grand bonheur individuel, leurs répercussions globales ne sont pas aussi optimales que celles fondées sur la science. Par altruisme, et à cause de mon empathie, je préfère favoriser le plus de bonheur pour le plus grand nombre et je pense que la science, philosophie comprise, est ce qu’il y a de mieux pour y parvenir.

    @Sandrine: “Une chose que je ne comprends pas dans la zézétique, c’est cette opposition farouche et parfois fort prosélyte, loin du doute et de la curiosité que me semblent impliquer une vraie démarche scientifique.”

    Pour moi cette opposition farouche n’a rien à voir avec la zététique, c’est juste une dérive conne de celui qui se complaît dans le mépris de ceux qui ne partagent pas sa vérité. Et niveau prosélytisme, c’est parfaitement contre-productif, en toute logique, cf “don’t be a dick”. 😉

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